Le problème : une composante de courant continu non détectée

En cas de défaut d’isolement côté véhicule ou borne, une charge de recharge peut générer une composante de courant continu résiduel. Une composante continue suffisamment importante peut perturber le fonctionnement de certains dispositifs différentiels : sans protection adaptée à cette situation, le déclenchement attendu peut ne pas se produire — un problème de sécurité, pas seulement de conformité administrative.

Le seuil de 6 mA intervient notamment dans la détection de courant différentiel continu utilisée dans certaines solutions de recharge. Ce n’est pas un « seuil universel de danger » : c’est un paramètre de coordination entre la borne (ou un dispositif associé) et le différentiel du circuit.

Ce qu’impose réellement le RGIE (§7.22.3 et §7.22.4.1)

Le chapitre 7.22 du RGIE encadre l’alimentation des véhicules électriques routiers. Cette exigence s’inscrit dans lesobligations RGIE pour le circuit d’une borne(circuit dédié, terre, contrôle). En substance :

  • chaque point de connexion doit disposer du circuit dédié prévu par le RGIE (§7.22.3) ;
  • les dispositifs de protection peuvent être mis en œuvre dans l’installation électrique fixe, dans la borne, ou par combinaison des deux ;
  • pour le circuit AC concerné, la protection différentielle prescrite a une sensibilité maximale de 30 mA (§7.22.4.1.b) ;
  • lorsqu’une composante continue perturbatrice est possible, une protection adaptée doit être mise en œuvre.

Ce n’est donc pas une règle générale du type « type B obligatoire ». Le type A et le type B restent des familles de produits du marché : la solution conforme dépend de la coordination réelle entre les DDR, les éventuelles détections DC et l’architecture complète de l’installation.

Deux solutions pour la composante continue

Solution 1 — Dispositif différentiel adapté à la composante continue

Un dispositif de protection à courant différentiel résiduel construit de manière à ce que son fonctionnement reste garanti lors de l’apparition d’une faute d’isolation avec composante continue perturbatrice. Un matériel de type B peut répondre à cette exigence selon le produit et l’architecture, mais le RGIE raisonne d’abord sur la capacité de la protection à continuer de fonctionner correctement — pas sur le libellé commercial « type B ».

Solution 2 — Différentiel coordonné avec une détection DC

Un dispositif différentiel utilisé conjointement et en coordination avec un dispositif de détection du courant différentiel résiduel continu, capable de mettre le point de recharge hors service. Cas fréquent sur le marché : un Type A 30 mA associé à une détection DC à 6 mA (parfois désignée RDC-DD ou DD-CDC), intégrée à la borne ou fournie par un dispositif associé.

Protection différentielle 30 mA d’un point de recharge avec protection adaptée à la composante continue ou Type A avec détection DC 6 mA
Schéma pédagogique simplifié : protection 30 mA d’un point de connexion et deux approches pour gérer la composante continue.

Borne, point de connexion et circuit dédié : trois notions différentes

Une borne physique n’est pas nécessairement équivalente à un seul point de connexion. Une borne peut comporter plusieurs sorties ou connecteurs. Lorsqu’elle permet plusieurs recharges, l’analyse doit être réalisée au niveau de chacun des points de connexion et de l’architecture réelle des circuits.

  • Borne — l’équipement physique installé.
  • Point de connexion — l’interface permettant de raccorder et de recharger le véhicule.
  • Circuit dédié — le circuit électrique destiné à cet usage dans les conditions prévues par le RGIE.

Une borne à deux sorties permettant deux charges doit donc être analysée comme une installation comportant plusieurs points de connexion. Cela ne signifie pas automatiquement « deux différentiels dans le tableau » : les protections peuvent être implantées dans l’installation fixe, dans la borne, ou réparties entre les deux selon l’architecture. Le détail des autres règles (circuit dédié, terre, contrôle) est développé dansschéma et obligations RGIE pour une borne.

Type A + détection DC 6 mA : une solution fréquente, mais pas une règle universelle

Lorsqu’une borne ou un dispositif associé possède une fonction de détection du courant différentiel continu adaptée, une architecture utilisant un Type A peut être possible pour le point concerné. Mais il ne faut pas raisonner uniquement sur la protection locale.

La partie commune de l’installation située en amont doit également rester correctement protégée.Une détection locale de 6 mA ne permet pas, à elle seule, de conclure que toute l’architecture différentielle située en amont est adaptée.

Plusieurs bornes ou plusieurs points de recharge : attention au cumul des courants DC

Dès qu’il existe plusieurs points de recharge, l’analyse ne s’arrête plus au différentiel « juste devant » chaque borne. Des composantes continues présentes sur plusieurs branches peuvent se cumuler dans une partie commune située en amont.

Prenons un cas pédagogique simple : trois points de recharge. À un instant donné, chaque point présente une composante DC résiduelle de 4 mA.

  • Localement : 4 mA < 6 mA — aucune détection locale à 6 mA ne doit nécessairement réagir sur cette seule valeur.
  • Dans la partie commune : 4 + 4 + 4 = 12 mA DC.

La composante continue vue dans cette partie commune peut donc être supérieure aux composantes présentes sur chacune des branches. Le dispositif commun en amont peut alors être exposé à une composante continue susceptible de perturber son fonctionnement si ce dispositif n’est pas adapté à cette situation.

C’est pourquoi il faut analyser chaque protection locale, les protections communes, la topologie, le nombre de points de connexion et les fonctions DC réellement intégrées dans les bornes — pas seulement le libellé « Type A » ou « Type B » sur un seul appareil.

Exemple de cumul des courants différentiels continus de trois points de recharge donnant 12 mA dans la partie commune
Exemple volontairement simplifié : chaque branche reste sous 6 mA, mais les composantes continues peuvent s’additionner dans la partie commune en amont.

Pourquoi un Type B en aval d’un Type A ne règle pas automatiquement tout

On pourrait penser qu’il suffit de placer un Type B sur le circuit de la borne. Mais il faut aussi analyser le dispositif situé avant lui.

Si une composante continue peut circuler vers une partie commune de l’installation, le dispositif Type A placé en amont doit lui aussi rester capable de fonctionner correctement. Le fait que le Type B aval soit adapté à la composante continue ne signifie pas automatiquement que le Type A amont est protégé de toute perturbation.

Ce n’est pas une interdiction universelle de toute association Type A → Type B. La conclusion est plus précise : l’association ne peut pas être validée uniquement en regardant le Type B aval ; il faut vérifier la coordination de l’ensemble de la chaîne.

Différentiel Type B en aval d’un Type A avec composante continue susceptible d’affecter la protection amont
Le dispositif aval peut être adapté à la composante continue sans que cela suffise à valider automatiquement le dispositif placé en amont.

Quelles architectures sont possibles avec plusieurs points de recharge ?

Voici des principes d’architecture possibles à analyser — pas un catalogue normatif exhaustif, ni des verdicts « autorisé / interdit » universels. La conformité finale dépend du matériel, du réseau, de la borne, de la documentation fabricant, des protections et de l’architecture complète.

A — Protections individuelles adaptées

Chaque point de connexion dispose de sa protection différentielle adaptée. Le dispositif commun éventuel en amont reste compatible avec les courants susceptibles de le traverser.

B — Type A + détection DC locale

Chaque branche peut utiliser un Type A associé à une détection DC lorsque la borne ou la solution le permet. Les composantes continues dans les parties communes doivent néanmoins être prises en compte.

C — Protection amont adaptée à la composante continue

Une architecture peut également être conçue avec une protection commune dont les caractéristiques permettent de rester fonctionnelle face aux composantes continues prévues.

Exemples de principes d’architecture différentielle avec plusieurs points de recharge
Ces exemples illustrent des principes de conception. La conformité réelle dépend des caractéristiques des protections, des bornes et de l’installation.

Différentiel 30 mA et protection contre les surintensités : ne pas confondre

Le RGIE traite également séparément la protection contre les surintensités au §7.22.4.2. Certaines architectures avec plusieurs points de connexion peuvent prévoir une protection commune contre les surintensités lorsque les conditions prévues par le RGIE sont réunies — notamment lorsque les points ne peuvent pas être utilisés simultanément.

Cela ne signifie pas automatiquement qu’une seule protection différentielle 30 mA commune peut remplacer l’analyse différentielle de chaque point. Pour le reste des obligations d’installation, voirschéma et obligations RGIE pour une borne.

Que vérifier avant de choisir le différentiel d’une borne ?

  1. Combien de points de connexion existent réellement ?
  2. La borne intègre-t-elle une détection de courant différentiel continu ?
  3. Quel est le seuil / type de détection indiqué par le fabricant ?
  4. Quelle protection différentielle le fabricant impose-t-il ou autorise-t-il en amont ?
  5. Existe-t-il plusieurs bornes ou points partageant une protection commune ?
  6. Des composantes continues peuvent-elles se cumuler dans une partie commune ?
  7. Les protections situées en amont restent-elles adaptées ?
  8. Le schéma unifilaire représente-t-il correctement les protections et circuits ?
  9. La configuration respecte-t-elle également les autres exigences du chapitre 7.22 ?

Ces points se vérifient sur la fiche technique exacte de la borne installée, pas par défaut — c’est ce que nous contrôlons avant d’établir unschéma unifilaire de borne de recharge.

Questions fréquentes

Faut-il toujours un différentiel Type B pour une borne ?

Non. Le RGIE ne se résume pas à « Type B obligatoire ». La solution dépend de la manière dont la composante continue est gérée et de l’architecture complète des protections — pas uniquement du différentiel placé juste devant la borne.

Quelle est la différence entre un différentiel type A et type B ?

Dans la pratique du marché, on parle souvent de type A et de type B pour désigner des familles de DDR plus ou moins sensibles à certaines composantes de faute. Pour une borne, le critère réglementaire du RGIE (§7.22.4.1) n’est pas « type B obligatoire » : c’est la garantie de fonctionnement face à une faute d’isolation comportant une composante continue, éventuellement via une détection DC associée à la borne.

Une borne avec détection 6 mA DC permet-elle toujours d’utiliser un Type A ?

Pas automatiquement. Une détection locale peut permettre une architecture avec Type A pour le point concerné, mais il faut également vérifier les dispositifs situés en amont et les éventuels cumuls de composantes continues dans les parties communes de l’installation.

Une borne double compte-t-elle comme une seule borne ?

Il faut surtout raisonner en points de connexion. Une borne physique peut comporter plusieurs points de recharge : l’architecture des circuits et des protections doit être analysée en conséquence, point par point.

Pourquoi plusieurs bornes peuvent-elles changer le choix du différentiel ?

Parce que des composantes continues présentes sur plusieurs branches peuvent se cumuler dans une partie commune de l’installation. Une détection locale sous 6 mA ne dit rien, à elle seule, sur ce que voit un différentiel commun en amont.

Un Type B placé devant une borne protège-t-il automatiquement un Type A situé en amont ?

Non. Le Type B aval peut être adapté à la composante continue sans que cela suffise à garantir que le Type A amont ne sera jamais perturbé. L’ensemble de la chaîne différentielle doit être vérifié.

Comment savoir si ma borne intègre déjà une détection DC ?

L’information figure sur la fiche technique du fabricant (détection de courant différentiel continu, RDC-DD, DD-CDC ou libellé équivalent). C’est un point que nous vérifions systématiquement avec la référence exacte de votre borne avant d’établir le schéma.

Qui doit déterminer la protection correcte ?

La protection doit être déterminée à partir du RGIE, de l’architecture de l’installation et de la documentation technique du matériel utilisé — borne, protections et éventuelles fonctions de détection DC.

Que se passe-t-il si le mauvais type de différentiel est installé ?

Une composante de courant continu non prise en compte peut empêcher le déclenchement attendu en cas de défaut réel — un risque de sécurité, pas seulement un point de non-conformité administratif. C’est un point de vérification systématique lors du contrôle de réception.